Dans le monde du SaaS B2B, nous vivons actuellement un moment de bascule comparable à l'arrivée du Cloud. Pourtant, la majorité des éditeurs et notamment Fintech font une erreur monumentale : ils traitent l'IA comme un simple "plugin" cosmétique et non comme une révolution.
Pendant que nous pensons encore massivement au monde d'avant et à la qualité de nos interfaces utilisateurs (UI), une révolution invisible est en train de rendre progressivement l'écran secondaire : le passage de l'IA qui discute à l'IA qui travaille.
Pour bien comprendre, sortons du jargon technique et commençons avec quelques définitions.
L’IA Générative (Le Stagiaire brillant mais passif) : C'est ChatGPT. Vous lui demandez un texte, il le rédige. Une image, il la crée. C'est l'ère du "copier-coller".
L’IA Agentique (Le Collaborateur autonome) : Il ne se contente pas de répondre, il planifie. Si vous lui donnez un objectif, il décide des étapes pour y arriver. L'IA Agentique est au coeur des discussions aujourd'hui : l'ensemble des posts que vous lisez sur "j'ai pris 450 RDVs seuls", "j'ai 6 développeurs qui codent pour 0€", "ma data se complète seule et me livre des analyses clés en mains" - sont tous des exemples de cette ère agentique.
Le MCP - Model Context Protocol (Le Passe-partout universel) : C'est la brique finale. Sans MCP, un agent IA est comme un génie enfermé dans une lampe : il est très intelligent, mais il ne peut pas toucher au monde réel. Le MCP donne à l'IA les mains pour actionner les poignées et entrer dans nos quotidiens ou ici, ouvrir nos logiciels et manipuler vos données.
Imaginez un monde où chaque appareil ménager aurait une prise différente. Pour brancher votre grille-pain, il vous faudrait un adaptateur spécifique fabriqué par le constructeur. C'était le monde des API avant le MCP : complexe et fragmenté. Le MCP, c'est l'invention de la prise murale standard. N'importe quel agent (l'appareil) peut désormais se brancher sur n'importe quel SaaS (le courant) instantanément.
L'analogie de la prise murale n'est que la première étape. Imaginez maintenant votre cuisine : jusqu’ici, vous aviez peut-être dix appareils ultra-performants — un robot multifonction, un four dernier cri, un frigo intelligent. Mais ils étaient autonomes. Vous deviez sortir les légumes du frigo, les mettre vous-même dans le robot, puis transférer la préparation au four. Vous étiez le seul lien (et le seul ouvrier) entre ces machines.
Avec l'IA Agentique propulsée par le MCP, la cuisine s'anime toute seule ! Ce n'est plus juste une question de "prise électrique". Les appareils commencent à se parler et à se passer les ingrédients. Le frigo vérifie les stocks, le robot découpe, et le four préchauffe au bon moment. Ils ne se contentent plus de fonctionner : ils collaborent pour vous servir le plat directement à table.
Dans votre entreprise, vos logiciels SaaS (CRM, ERP, Banque) sont ces appareils. Le MCP est le serveur qui permet à l'IA de faire circuler la donnée entre eux pour vous livrer un résultat fini (un audit, un virement, une clôture comptable) sans que vous ayez à manipuler les plats.
C'est ici que le sujet devient brûlant pour nous. Dans la Fintech, la donnée est sensible et les processus sont lourds. Le MCP permet de passer de la "visualisation de données" à "l'exécution autonome" (et biensûrr, sécurisée !).
Avant : Votre logiciel affiche les documents manquants, et un analyste humain relance le client.
Avec le MCP : L'agent IA se connecte via MCP à votre outil de gestion documentaire, identifie l'absence d'un justificatif de domicile, va interroger les registres publics, et si le document est invalide, rédige et envoie une demande de précision personnalisée.
=> L'IA n'aide pas à faire le KYC, elle EST le KYC.
Avant : Le CFO vérifie chaque mois si les ratios financiers respectent les engagements bancaires.
Avec le MCP : L'agent IA "écoute" en continu vos flux de trésorerie. S'il détecte une dérive du ratio d'endettement, il ne se contente pas de faire une alerte : il simule immédiatement des scénarios de correction et prépare le reporting pour la banque avec une projection d'atterrissage ou une proposition d'amendement pour une demande de waiver.
Calculer une LTV précise demande de croiser plusieurs outils comme CRM, l'outil de facturation, outil de core banking, et les données d'usage. Souvent, dans les banques, on retrouve un mix d'outils internes et externes.
Prochainement, votre client en banque vous dira : "Aujourd'hui, nous perdons du temps à faire des exports CSV et des rapprochements manuels pour calculer cela. Demain, nous voudrons simplement demander à notre agent : "Est-ce que ma LTV par segment a chuté ce matin ?".
Cet agent utilisera alors le MCP pour interroger l'ensemble des outils internes ET externes, ainsi que vos bases de données, en une seconde.
Pour reprendre l'analogie de la cuisine plus haut, dans une cuisine où le chef est un agent IA de renom, où tous les équipements collaborent activement via MCP, que feriez-vous de votre vieille plaque de cuisson qui ne gère pas ce protocole ?
=> Si nos logiciels ne répondent pas aux protocoles MCP, l'IA ne pourra pas être pleinement déployée, et nos outils seront abandonnés.
C'est ici que nous devons être honnêtes. Depuis 15 ans, la valeur d'un SaaS B2B réside beaucoup dans son ergonomie : "C'est facile à utiliser, c'est beau".
Demain, l'utilisateur final de votre logiciel ne sera plus un humain, mais un agent IA.
Un agent IA n'a que faire d'un beau bouton bleu ou d'un dashboard coloré. Il veut des données structurées, une connexion stable et un protocole (le MCP) pour agir vite.
Le risque pour les éditeurs : Si nous continuons à voir l'IA comme une "feature" uniquement à mettre dans notre produit pour automatiser des tâches internes, nous devrions un simple fournisseur de données => le vrai pouvoir passera entre les mains de ceux qui pilotent les agents.
L'apparition des solutions cloud (SaaS) a remplacé les déploiements "on-premise" (sujet encore en cours, me rappelleront certains ;-)) ; les API publiques ont tué les logiciels fermés ; pareillement, le MCP va tuer les logiciels "autonomes".
En tant qu'éditeur SaaS Fintech, notre mission n'est plus de construire des outils que l'on manipule à la main (voir qu'on tente d'automatiser), mais des écosystèmes que l'on offre au pilotage extérieur, des environnements où on délègue.
La question n'est plus : "Votre logiciel contient-il de l'IA ?", mais "Votre logiciel peut-il être connecté et piloté par mes Agents ?"
Nous devons être en paix avec notre entrée dans un monde dans lequel il est ok que notre SaaS soit invisible, et même mieux : un monde où avoir un SaaS invisible doit devenir notre plus solide argument de vente !